Avec 59 800 habitants en 2009, la vallée de l’Huveaune est l’un des secteurs couverts par la Politique de la Ville, les plus peuplés et les plus vastes de Marseille. Elle constitue un axe majeur d’entrée dans la cuvette marseillaise depuis l’Est du département. Elle se caractérise en termes urbains par sa linéarité, les contraintes que le relief y imprime ainsi que par la concentration d’infrastructures de déplacement la traversant.

La vallée de l’Huveaune constitue un secteur particulièrement contrasté de la ville.

D’un point de vue économique, c’est un secteur en mutation qui tente de rebondir et transformer son déclin industriel en une vivacité commerciale et de services. Deux secteurs économiques y sont forts : le commerce et la santé & l’action sociale.

La Vallée de l’Huveaune représente aussi le quart de la demande d’emploi de Marseille. Des zones de grandes pauvretés côtoient des secteurs prospères et le territoire souffre d’un enclavement certain, rendant parfois difficiles les déplacements, pourtant essentiels à l’emploi et à l’activité économique.

La question de la mobilité géographique est l’un des principaux enjeux de cette zone. Les difficultés de circulations

Le Territoire

sont récurrentes, rendant souvent compliqué l’accès aux entreprises et aux zones d’activité. En ce qui nous concerne plus particulièrement, le 11ème arrondissement est exactement à l’image de la Vallée de l’Huveaune. Il regroupe aussi bien des zones très pauvres (Rouguière, Air bel, Bosquet-Néréides, Montgrand…) que des quartiers aisés, (Camoins, Les Accates, Eoures…). Certains territoires souffrent d’un habitat très dégradé et cumulent d’importantes difficultés sociales.

La cité Rouguière-Libérateurs

Dans cet enchevêtrement de différents tissus plus ou moins bien agencés, au Nord du Village de St Marcel et de l’autre côté de l’autoroute A 55, se situe La Rouguière et les Libérateurs.

La cité de la Rouguière est composée de 18 barres d’immeubles, pouvant avoir entre 3 et 5 étages, et d’une tour de 21 étages (dont les 4 derniers sont condamnés). Ces constructions sont disposées sur un jeu de 8 terrasses formant un trapèze d’une superficie de 11 hectares.

Plusieurs petits commerces, un service médical (médecin, kinésithérapeute) un groupe scolaire (maternelle et primaire), une vie associative intense, des aménagements comme le stade ou le jardin détente sont autant d’éléments qui donnent à cette cité une importante autonomie.La Rouguière, comme de nombreux grands ensembles à Marseille, a été construite sur le terrain d’une ancienne Bastide (qui fût même un sanatorium au début du XXème siècle). A la fin des années cinquante, alors que la France est plongée en pleine crise du logement, le Domaine de la

Salle est acheté par la Ville de Marseille pour y implanter de nouvelles Habitations à Loyer Modéré (HLM). Le nom du dernier propriétaire, qui s’appelait Rouguière, fut choisi pour dénommer ce nouvel ensemble comprenant 632 logements. Six ans plus tard, une seconde tranche de 204 logements appelée les Libérateurs, du nom du boulevard voisin, est construite. A noter que le nombre de logements n’a pas évolué du tout puisque le quartier compte aujourd’hui encore 836 logements.

 

Les premiers habitants qui arrivent en 1962, sont en majorité des rapatriés de l’ancien Maghreb Français, ou des ouvriers travaillant dans les industries implantées au bas de la Vallée. Cinquante ans plus tard, ces cultures ouvrières et pieds noirs sont encore présentes, 15 % de la population étant des primo arrivants ; d’autant plus que nombre de leurs enfants, en grandissant, sont restés aussi dans la cité.

 

L’installation durable d’une partie de la population explique pour beaucoup l’émergence d’une forte identité de quartier, qui est autant un atout pour l’ambiance qu’il y règne, mais peut être aussi un prétexte pour la ghettoïsation.

D’autre part, le passé ouvrier a permis de garder des liens avec St Marcel ou le bas de la Vallée car il s’agit d’un ancien pôle de travail et donc de connaissances ; autrement, vu l’inaccessibilité, ces liens n’auraient pu perdurer.

 

Lorsque la population entre dans les nouveaux logements, malgré la présence de l’autoroute, qui date de 1966, un fort contexte agricole entoure la cité. Trois fermes constituent les limites de la Rouguière. Les témoignages de lait et de légumes cherchés à la ferme ne manquent pas, lorsqu’on interroge les plus anciens habitants de la cité. Cette période, toujours idéalisée, où la Rouguière est une entité autonome, « posée » en pleine campagne dure jusqu’au début des années 80.

 

Une réhabilitation s’est déroulée en deux temps sur la Rouguière en 1999 et aux Libérateurs en 2011.

Cartographie du quartier par Brahim El Akari, textes et couleurs par des enfants de la Rouguière.

© 2017 by Anne-Erell LE BRONNEC

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